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Adolescentes en difficulté: insertion dans le monde orthodoxe

 

Le ministère israélien des Affaires sociales a décidé au mois de juillet de débloquer la somme de dix millions de shekels (près de 2,5 millions d'euros), afin de porter assistance auprès de jeunes filles orthodoxes en décrochage scolaire, une société en difficulté qui n'a jamais été considérée auparavant. Ce budget se consacre essentiellement à la mise en place de maisons d'accueil depuis la rentrée.

Jusqu'à présent, seuls les garçons orthodoxes bénéficiaient d'assistance sociale, de sorte que les adolescentes en difficulté se retrouvaient elles, en marge de cette société.

Or selon le ministère, le taux de décrochage scolaire des filles orthodoxes est  en constante augmentation, une croissance synonyme du sentiment de "manque de soutien, de motivation, et de confiance".

Diplômée d'une licence en éducation spécialisée, Efrat Dadoun, une jeune enseignante orthodoxe de 29 ans a pris l'initiative de tenter un projet pilote visant à traiter le problème en amont.

"Je travaille depuis sept ans avec des adolescentes en difficulté, et je les ai vues être mal traitées dans des petits boulots où elles étaient caissières ou autre, alors qu'il y a un million de choses à faire", explique Efrat à I24news.

"C'est cette expérience qui m'a donné l'idée d'un programme éducatif qui vise à nous faire intervenir avant que les problèmes commencent, avant le décrochage scolaire", poursuit-elle.

 

Prévenir plutôt que guérir

 Mercaz Libi (le centre de mon cœur) est le nom du projet qu'elle mène au sein d'une école orthodoxe à Jérusalem depuis quatre ans. Efrat s'occupe d'environ soixante-dix adolescentes orthodoxes âgées de 12 à 14 ans issues de faibles milieux socio-économiques. Elle travaille en collaboration avec plusieurs associations d'assistance sociale et sollicite des éducateurs qui, une heure et demi par semaine, proposent différentes animations.

"Lors d'un cours de théâtre, l'éducatrice avait mis en route une mélodie et une participante était invitée à esquisser un geste qui devait être imité par toutes les autres", cite Efrat en exemple.

"C'est donné à l'enfant l'opportunité d'être chef de file, sans la moindre parole", s'émerveille-t-elle.

"Nous travaillons au niveau du groupe, sans entrer dans la thérapie individuelle, l'adolescente doit se sentir intégrée dans la société, et développer ses compétences sociales", précise-t-elle.

"Le but de ce projet éducatif est qu'elles se sentent renforcées, qu'elles réalisent leurs rêves, obtiennent un diplôme, mais aussi qu'elles entreprennent des projets qui auront à leur tour un impact dans la société", ajoute-t-elle.

Le programme vise par ailleurs à solliciter les parents en favorisant les rencontres au sein de l'établissement, ainsi qu'à préparer des stagiaires qui pourront accompagner de manière plus personnelle les élèves, en jouant le rôle d'"ami adulte".

Les résultats sur ces jeunes filles orthodoxes sont immédiats.

"C'est un cadeau", dit l'une, "je me sens plus en confiance". "Les ateliers représentent plus qu'un simple cours, ils intègrent chacune de nous à l'intérieur du groupe", dit l'autre.

"C'est une vraie leçon de vie pour moi, J'aime participer aux animations. Le rire et le plaisir que j'ais à chaque fois, ont une grande influence sur moi. Cela me donne de la joie de vivre", raconte une troisième. "Les ateliers me libèrent de la vie scolaire et me permettent de mieux connaitre les autres filles de ma classe", dit encore une dernière. 

Efrat prépare également un spectacle de fin d'année avec les élèves qui résumera tous les acquis. Mais elle constate que son projet porte déjà ses fruits, et que ses élèves "aspirent à de nouvelles ambitions et se projettent dans un autre avenir".

 

Une révolution de l'intérieur

 Mère de trois enfants, et femme d'un rabbin britannique étudiant en droit rabbinique, Efrat vit une vie entièrement orthodoxe et observe des changements au cœur de cette société, notamment au niveau éducatif "parce qu'il y a de plus en plus de métiers ouverts aux femmes".

"J'ai le désir de changer les choses, de créer une autre réalité pour ces adolescentes. Aujourd'hui, une femme ne peut plus rester entre quatre murs", explique-t-elle.

"Il ne s'agit pas de féminisme, mais de la réalisation de soi, la structure orthodoxe reste la même, chacun est à sa place, mon mari est mon roi, cela ne m’empêche pas de mener des projets", se défend-elle.

Efrat admet pourtant que dans la société orthodoxe, les femmes se doivent de travailler, alors que les hommes, même quand ils ont une rémunération, se consacrent principalement aux études religieuses.

"Nous sommes élevées dans cet état d'esprit, mais le plus important c'est qu'une femme s'occupe, et se réjouisse de ce qu'elle fait", répète-t-elle.

Cette révolution féminine discrète s'apparente vraisemblablement à une révolution de l’intérieur,  qui ne veut en aucun cas porter atteinte aux fondements de la société religieuse.

Mais quand Efrat choisit délibérément d'apporter son aide précieuse à des jeunes filles plutôt qu'à des garçons, et s'enthousiasme de les voir "chefs de file", elle entraîne derrière elle toute une génération qui pourrait bien changer le statut de la femme religieuse en Israël.